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Diaspora Mauricienne: Citoyenne à 200%

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Diaspora Mauricienne: Citoyenne à 200%

Diaspora Mauricienne: Citoyenne à 200%

Prendre le pouvoir et changer le système afin de réduire les inégalités et éliminer le communalisme. La diaspora souhaite qu’une société mauricienne plus inclusive voie enfin le jour. Et, elle est décidée à se mobiliser pour mener des actions fortes à l’avenir. Le constat pour la diaspora mauricienne est clair. La situation au pays est catastrophique. L’urgence est autant humanitaire que politique.

Le mauricianisme a pris rendez-vous avec l’histoire outre-mer. Ce samedi 3 octobre, à l’initiative de 100% Citoyens, la diaspora mauricienne des quatre coins du monde s’est donnée rendez-vous pour un dialogue inédit autour du futur que l’on souhaite pour notre île Maurice. 

Un débat patriotique inédit

Inédit par son étendue géographique. La mobilisation a été, encore une fois, planétaire. 13 pays étaient représentés lors de ce brainstorming de 3h30 sur Facebook, à savoir, l’Angleterre, l’Irlande, la France incluant Monaco et l’Île de la Réunion, la Suisse, le Canada, les USA, la Belgique, l’Australie incluant la Tasmanie, l’Afrique du Sud, la Pologne, Dubaï et le Luxembourg.

Inédit aussi parce que, de mémoire d’homme, jamais un parti politique mauricien n’avait entamé une telle démarche envers la diaspora. Elle s’est sentie valorisée. Une grande première en effet. Elle a été écoutée et entendue. Elle a été prise en considération. Elle a pu parler librement; chose qui vraisemblablement, n’est pas donnée à de nombreux Mauriciens au pays.

Ils étaient de tous groupes ethniques, s’il faut vraiment le préciser. Ils étaient Mauriciens par-dessus tout. Des patriotes à part entière. La fibre patriotique vibrait sur ce plateau intercontinental. Les Mauriciens de la diaspora ont, en effet, montré un intérêt marquant pour des sujets touchant à l’avenir du pays. 

Ils étaient plus d’une trentaine réunis sur la plateforme de visioconférence, organisée par 100% Citoyens, à nourrir une réflexion sur les actions à mener depuis leur patrie d’accueil en collaboration avec les Mauriciens résidant au pays. Les compétences réunies étaient multiples et variées. 

Le débat a réuni des informaticiens, juristes, entrepreneurs et hommes d’affaires, enseignants et chercheurs, professionnels de divers secteurs dont la santé, la finance et l’assurance. Les domaines représentés étaient très variés: du spécialiste du crowdfunding au pilote de drones en passant par le recyclage de déchets, l’agroalimentaire, la téléphonie mobile, le transport maritime, l’architecture navale, la biodiversité et l’écologie, l’anthropologie, le social et la comptabilité, entre autres.

Les thèmes saillants de cette discussion étaient l’inclusion sociale et la réduction des inégalités, la lutte contre le communalisme/racisme, la liberté d’expression, la contribution de la diaspora à l’avancement du pays. 

La diaspora n’a pas manqué de répondre aux récentes critiques du Premier Ministre. Leur message à ce dernier est tout aussi historique que cette première mobilisation planétaire de la diaspora. Une mobilisation qu’il a lui-même incité. L’histoire se souviendra que la diaspora s’est soulevée comme un seul homme par sa faute. Et, elle ne compte pas s’arrêter là!

Les Mauriciens vivant à l’étranger se disent attristés par l’attitude du Premier Ministre. “Le PM a démontré un manque de respect total envers la diaspora”, nous dit-on. De plus, le langage de ce dernier lors de récents rassemblements démontrent, selon eux, clairement qu’il ne se voit pas comme le Premier Ministre de tous les Mauriciens. 

On a aussi décrié l’utilisation des associations socioculturelles pour faire une propagande jugée “bien dangereuse”. “Les Mauriciens doivent sanctionner les personnes qui utilisent les associations culturelles”, exhorte-t-on dans la diaspora. 

Une contribution largement sous-estimée par les politiques

La diaspora fait remarquer qu’elle s’était déjà mobilisée pendant la confinement pour aider financièrement leurs familles respectives et participer économiquement en injectant de l’argent dans une économie mauricienne en perte de vitesse. 

Beaucoup de Mauriciens ont fait valoir qu’ils ramènent avec eux, plusieurs amis chaque année, pour visiter le pays. “Ce sont des devises étrangères qui ne vont, certes pas, dans les hôtels mais bien dans l’économie mauricienne, qui en profite largement”. 

Beaucoup de Mauriciens vivant à l’étranger font aussi construire une maison au pays. “Ce sont aussi des devises qui rentrent dans l’économie du pays, créant du travail pour les Mauriciens” explique une membre de la diaspora mauricienne en France.

Un expatrié en Irlande a ainsi fait ressortir qu’un demi-milliard de roupies ont été transférées d’Irlande à Maurice entre janvier 2018 et juin 2020. 

Dev Sunnasy parle, pour sa part, de transferts en devises étrangères estimés à Rs 4 milliards qui nous viennent de la diaspora et qui passe par le circuit bancaire pour entrer à Maurice sans compter les divers achats de produits et services, du billet d’avion au bien immobilier.

Autre fait qui a été relevé comme extrêmement important sont les apports de la diaspora en ressources humaines et en liberté de pensée. La diaspora se dit ne pas être soumise au système de la pensée unique. Ce que l’on qualifie de fondamental pour apporter de véritables innovations au pays dans différents domaines. 

La diaspora se présente ainsi comme porteuse d’un mauricianisme construit par une éducation mauricienne et complété de l’expérience de vie dans les pays d’accueil. Elle est vécue, nous dit un membre de la diaspora mauricienne au Canada, comme “une véritable aventure humaine qui rassemble et fait avancer”.

Le 29 août est ainsi vu comme le premier coup de vapeur. “La machine est en marche”. La diaspora dit être consciente que c’est un travail de longue haleine. Elle souhaite se donner des fondations fortes et ne pas se précipiter dans sa marche au risque de se crasher.

L’échec de tout un système: Un creuset d’Inégalités 

Plusieurs membres de la diaspora ont témoigné sur les raisons qui les ont poussés à s’expatrier. Ils ont quitté Maurice, pour beaucoup, parce qu’ils n’ont pas eu leur chance au pays en raison de leur appartenance ethnique. Ils indiquent qu’ils ont dû aller ailleurs pour tenter leur chance. Et ils se disent heureux que leur vie à l’extérieur de Maurice est plutôt réussie car il y a un peu plus l’égalité des chances.

Ils se sont exprimés contre l’échec du système éducatif mauricien, jugé trop élitiste. Certains ont souligné avoir réussi leurs études ainsi que leur vie professionnelle alors qu’ils étaient en situation d’échec scolaire à Maurice. 

La diaspora veut apporter sa contribution au projet commun d’une nouvelle île Maurice. On se montre ainsi très critique envers les politiques dans leur ensemble qui, selon un membre de la diaspora mauricienne en Afrique du Sud, ont peur de la diaspora. “Car la diaspora réussit où qu’elle soit dans le monde”, dit-il. Pour pouvoir changer les lois à Maurice, il nous faut prendre le pouvoir. On peut changer la donne de manière conséquente, entendons-nous dire. 

Ce sont les partis politiques traditionnels qui sont responsables de la situation catastrophique où se trouve le pays 52 ans après l’indépendance, disent-ils. “La diaspora ne veut surtout pas de ces partis politiques”, une phrase qui résonne du Canada jusqu’en Tasmanie. La diaspora mauricienne se veut être à visages multiples et parlant d’une seule voix. Elle se dit ne pas vouloir reproduire les mêmes erreurs que celles du passé.

Les piliers de la démocratie défaillants

La diaspora mauricienne se dit inquiète du déficit démocratique auquel nous a mené 52 ans d’indépendance. Autant l’exécutif, le législatif, le judiciaire ainsi que les médias ont été jugés défaillants lors de ce débat. 

Les manquements du l’exécutif, du législatif et du judiciaire ont fait l’objet de nombreuses remarques pendant le débat. Ils sont ainsi nombreux parmi la diaspora à vouloir agir pour une refonte du système électoral afin de faire la politique “comme il doit être fait” pour reprendre les mots de Dev Sunnasy. 

La réforme électorale a, bien évidemment, été abordée. De nombreux autres thèmes aussi: la transparence dans la gestion du pays, le redécoupage des circonscriptions et le financement des partis politiques.  

On est d’avis qu’il faut aller vers l’élimination de la déclaration de l’appartenance ethnique pour être candidat aux élections à Maurice et son corollaire le Best Loser System (BLS) qui est vu comme l’épine du système électoral mauricien, ainsi que vers l’octroi du droit de vote à la diaspora. 

On s’insurge contre l’octroi du droit de vote accordé aux personnes du commonwealth vivant 2 ans à Maurice comme les Bangladais et Indiens, alors que les Mauriciens de la diaspora qui contribuent à l’économie mauricienne ne peuvent voter. 

Le découpage des circonscriptions devrait assurer que toutes les communautés soient effectivement représentées éliminant de fait la nécessité de la déclaration de son appartenance ethnique et le BLS”, entendons nous dire. 

L’obligation de la déclaration de son appartenance ethnique pour être candidat aux élections est perçu comme un élément du système électoral qui confère un caractère très communal à ce dernier. 

Pour les membres de la diaspora, le système doit rendre possible pour tout Mauricien, quelle que soit son appartenance ethnique, la possibilité de prétendre à devenir Premier Ministre du pays au contraire du système actuel où seul un Mauricien d’une seule communauté ethnique peut avoir ce privilège.

Les intervenants affirment que la constitution est dépassée. Il nous faut, selon eux, des amendements car nos droits ne sont pas respectés. “Les minorités se sentent en danger”, disent-ils. 

Au niveau du judiciaire, on fait écho de nombreux cas juridiques portés devant la Cour suprême qui restent sans suite et/ou qui prennent un temps fou à être démêlés. On fait référence au cas actuellement devant la cour suprême concernant les irrégularités lors des dernières élections au sujet des listes électorales et le temps que prend la cour de justice dans cette affaire.

Les médias ont été aussi pointés du doigt comme étant complices du système, explique Dev Sunnasy. Cette dernière ne donne pas la couverture nécessaire aux nouveaux partis politiques, trop soucieuse de faire les gros titres avec les leaders des partis politiques traditionnels. 

Liberté d’expression et droits des citoyens  

La liberté d’expression “est bafouée à Maurice”. “Comment peut-on avoir peur de parler contre le gouvernement s’il y a lieu de le faire”, s’insurge-t-on. “Comment peut-on avoir peur d’aller dénoncer certaines choses à la police”, poursuit-on.

La diaspora dénonce les récents amendements apportés à nos lois qui menacent grandement la liberté d’expression où que l’on soit dans le monde. Selon certains amendements récents, nous explique-t-on sur la plateforme de discussion, les commentaires jugés déplacés peuvent être qualifiés de délits criminels passibles de 5 ans de prison et de Rs 500,000 d’amende. 

Un membre de la diaspora en Angleterre, explique que le citoyen mauricien n’a aucun droit après avoir voté. “C’est le député qui décide et ne suit finalement que la ligne de conduite du parti, ou plus précisément de son leader, pour s’assurer d’un “ticket” ou d’une nomination. Les députés n’ont, eux-mêmes, pas leur mot à dire car c’est le leader qui décide”. 

On acquiesce, dans la diaspora, qu’il est grand temps de passer un bon coup de balai dans la politique à Maurice. Que peut faire la diaspora pour changer les choses à Maurice? “Il faut continuer à dénoncer les dérives totalitaires, les atteintes à la démocratie et à la liberté d’expression”, s’accorde-t-on à dire.

La diaspora suggère donc que chaque membre de la diaspora utilise sa sphère d’influence au pays qui peut être d’une très grande envergure pour changer les mentalités, notamment, lors des prochaines élections. 

Nous sommes tous responsables de la présente situation car nous n’avons pas, dans le passé, voulu le changement. La diaspora a un grand rôle à jouer depuis l’étranger. La situation que l’on vit actuellement n’est pas normale. Être sur les genoux tout le temps et accepter ce que l’on nous fait subir, ce n’est pas une vie”, reconnaît-on. 

Le référendum, malgré le fait qu’il ne soit pas prévu par la constitution mauricienne peut être un outil intéressant comme il a récemment été en Grande Bretagne pour le Brexit, comme expliqué par un membre de la diaspora mauricienne là-bas. 

La diaspora est d’avis qu’elle doit rester solidaire pour pouvoir créer un impact quelconque. Il s’agira surtout d’être organisé. Tous ces changements passent par la politique. Il faudra une majorité des trois quarts avant de toucher au caractère sacro saint de la constitution. 

Est-ce que les citoyens mauriciens pourront, comme l’ont fait les Islandais, faire montre de défiance à l’égard du monde politique et réécrire une nouvelle constitution du pays collectivement? 

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