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Discussion avec la Diaspora: Quelle Éducation pour l’île Maurice de demain?

Roshi Bhadain, Carl de Souza et Stefan Gua,

Societé

Discussion avec la Diaspora: Quelle Éducation pour l’île Maurice de demain?

L’éducation à Maurice est discriminatoire et sujette à trop d’anomalies. Trop orienté vers le pécunier et, en même temps, ne servant pas assez l’économie de notre île, le système éducatif mauricien présente d’importantes lacunes. Il est grand temps de se demander le genre de société que nous voulons pour ne pas reproduire les mêmes défaillances du système élitiste actuel.

Le système éducatif mauricien ne fonctionne pas correctement. C’est le constat fait par les trois intervenants, Roshi Bhadain, Carl de Souza et Stefan Gua, invités lors d’une discussion avec la diaspora mauricienne installée en Europe. Cela, alors même que nous nous apprêtons à commencer l’année 2021 qui s’annonce cruciale à plusieurs points de vue

Manque de compétences pour servir les marchés étrangers

Roshi Bhadain, leader du Reform Party, fait d’emblée ressortir le manque de compétences qu’il a constaté alors qu’il était ministre des Services Financiers et des TIC entre 2014 et 2017. 

Il évoque la Financial Services Institute; alors créée pour disposer d’un pool de jeunes professionnels pour le secteur financier afin de servir les compagnies étrangères venant investir à Maurice en matière de gestion et de comptabilité, avec 1500 jeunes professionnels qui s’étaient très vite enregistrés. 

Mais, explique-t-il, quand les compagnies sont venues pour embaucher du personnel, elles se sont rendues compte d’une incapacité de ces jeunes professionnels en matière de langue, à savoir, un niveau insuffisant en français et en anglais notamment à l’écrit, ou encore, l’absence d’une troisième langue telle que l’espagnol ou le portugais.

Il évoque également le cas d’Accenture alors qu’il était  Ministre des TIC. Cette grande entreprise voulait, alors, employer 1500 personnes parlant, en plus de l’anglais et le français, une 3e langue, en l’occurrence l’espagnol ou le portugais, pour servir leurs clients. La compagnie n’a pas pu le faire. 

Accenture avait aussi expliqué que ce problème de langue avait déjà été signalé par le passé aux autorités mauriciennes. Le manque d’une 3e langue, selon Roshi Bhadain, est une grande limitation pour Maurice à pouvoir attirer ce genre d’investissement. 

Système éducatif discriminatoire

Le problème du système éducatif à Maurice, selon Roshi Bhadain, se situe dès l’enfance avec une discrimination effectuée par l’argent: les meilleures écoles maternelles ne sont accessibles qu’à ceux qui ont des moyens financiers. 

Cela a pour résultat un décalage de niveau dès la première année de primaire. Les enfants des familles les moins aisées sont d’emblée discriminés dès leur plus jeune âge et tout au long de leur scolarité. 

Par après, les leçons particulières viennent  renforcer cette discrimination. Une démarcation qui s’accentue avec le système du CPE qui a été remplacé par le PSAC pour le passage en secondaire. “Il n’y a pas un système juste pour aider tous les enfants à avoir accès à une meilleure éducation afin de construire une société juste et équitable”, clame-t-il.

Même s’il dit reconnaître le besoin de maintenir une éducation à destination d’une élite, Roshi Bhadain indique qu’il faut pouvoir fournir d’autres filières éducatives telles que les filières artistiques et sportives comme c’est le cas dans de nombreux pays et sans y forcément introduire un système de compétition. Un gouvernement, selon lui, doit pouvoir offrir à tous des opportunités afin que chacun puisse devenir un citoyen accompli. 

Un service national pour contrer la corruption dans l’appareil étatique

Réagissant à la proposition de l’introduction d’un service national dans le cursus éducatif à Maurice par un membre de la diaspora au Royaume-Uni, Roshi Bhadain explique que cette proposition figurait déjà au programme du Reform Party lors des dernières élections. 

Le service national y avait été même proposé comme un critère d’éligibilité pour réglementer l’accès à l’emploi dans le secteur public. Cela aurait, en partie, selon lui, éliminé le système de corruption et de favoritisme qui règne en ce qu’il s’agit des emplois au sein du secteur public avec, aussi, la création d’une académie pour le secteur public. 

Si Roshi Bhadain admet le rôle crucial de l’éducation, il souligne aussi l’importance de la bonne volonté de tout un chacun. Une personne peut avoir une éducation excellente mais n’a pas, forcément, de bonnes intentions. 

La course aux certificats

Carl de Souza, écrivain et ancien professeur et directeur de collège, pour sa part, explique que nos premiers éducateurs sont notre famille pour ce qui est de notre rapport à la société et à la nature, entre autres. Avec l’évolution de notre modèle de société où, aujourd’hui, les deux parents travaillent, les enfants ont perdu leurs premiers éducateurs. 

Le problème, selon Carl de Souza, est que les parents eux-mêmes, aujourd’hui, sont amenés à penser que c’est la course aux certificats qui fait montre de réussite dans la vie. L’année 2020 avec son lot de problèmes est, selon lui, révélatrice de la façon dont nous vivons aujourd’hui à Maurice et dans le monde. 

Comme il l’explique, les personnes les plus impliquées dans les nombreux scandales que nous connaissons sont des personnes qui sont extrêmement éduquées quant à leurs qualifications et leurs parcours académiques. Il est à noter, selon Carl de Souza, que l’éducation dont ces personnes ont bénéficié ne leur a pas donné certaines valeurs par rapport à la vie en société. 

Un modèle de société hérité de la colonisation 

Il déplore le fait que, trop souvent, l’art n’est vu que comme une matière parmi d’autres alors qu’il est un moyen éducatif absolument essentiel dans la vie et en ce qui concerne notre humanité. L’éducation mauricienne, selon lui, présente ainsi des lacunes car elle ne fait pas assez de place à l’art. 

Avec la crise de la Covid-19, Carl de Souza indique qu’on a frôlé le risque d’un grave manque de denrées alimentaires. Cela est, selon lui, dû à un modèle de société hérité de la colonisation où Maurice n’a jamais su produire la nourriture dont sa population a besoin car toutes les terres ont été sous culture de la canne. 

Il déplore le fait que tout ce que nous faisons à Maurice est en fonction des revenus pécuniaires. Nous ne faisons, selon lui, que répliquer des modèles venant d’ailleurs alors que nous devons trouver notre propre modèle, certes, en nous inspirant des meilleures pratiques dans le monde.

Carl de Souza est d’avis que nous devons maîtriser l’anglais et le français comme nous devons mieux évaluer l’importance des langues orientales telles que l’hindi ou le mandarin afin que notre pays devienne une véritable plateforme en matière de langues. 

De plus, il souligne que nous donnons un rôle inapproprié aux langues qui, selon lui, nous caractérisent. C’est grâce aux langues qu’aujourd’hui nous pouvons nous rencontrer. Il convient donc de revoir autant notre éducation informelle que notre système éducatif formel.

Ne pas reproduire les défaillances du système

Stefan Gua, activiste politique, porté sur le social et l’écologie, pour sa part, explique que le système éducatif vise à reproduire la société dans laquelle nous vivons, y compris ses défaillances comme l’élitisme. Car, ceux qui ne se retrouvent pas dans ce modèle d’apprentissage rencontrent nombre de problèmes et sont éjectés du système.

Selon lui, une question que l’on doit se poser, aujourd’hui, est combien de temps disposent les parents, premiers éducateurs des enfants, pour effectivement éduquer leurs enfants dans cette course effrénée du modèle économique d’aujourd’hui. 

La qualité du temps que les parents passent avec leurs enfants est capitale et a, automatiquement, des conséquences sur les enfants. Il évoque ainsi le travail fait au sein de l’organisation de Rezistans ek Alternativ sur les diverses pressions et contraintes pesant sur les parents aujourd’hui. 

Il faut, selon Stefan Gua, se poser la question de savoir le genre de société que nous souhaitons; une question pas vraiment débattue depuis que Maurice est une nation. Depuis l’indépendance, nous avons continué le modèle préexistant qui était de produire du sucre de canne pour les marchés européens. Cela, sans se poser des questions très importantes sur le genre de société que nous voulons. “C’est de là que nous saurons le système éducatif que nous souhaitons”, soutient-il. 

Par exemple, il dit ne pas trouver normal que Maurice doive importer la majorité de ses produits de base. “Ne devrions nous pas avoir un système qui fasse que les jeunes soient plus intéressés par la terre, ou encore, par l’océan qui nous entoure? De combien de biologistes marins Maurice dispose-t-il?”, s’interroge-t-il.

Nous n’en avons pas suffisamment et c’est grave. Avec la marée noire causée par le Wakashio, posons-nous la question de savoir de combien d’études scientifiques indépendantes nous disposons pour connaître véritablement les impacts de la marée noire sur notre écosystème marin. Nous devons nous fier sur des experts étrangers alors que l’Etat mauricien n’a pas suffisamment d’expertise pour donner ce genre d’informations”, poursuit-il. 

Stefan Gua insiste sur le fait que nous devons nous poser la question de savoir quel genre de société nous souhaitons. Car, selon lui, si nous voulons reproduire une société basée sur nos égos et la réussite matérielle (grande maison, grande voiture, etc), nous aurons forcément des problèmes que nous connaissons déjà avec un système éducatif défaillant. 

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